SURDOUES - INFO


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Haut potentiel, précoce ou surdoué ?



QU'EST-CE QU'UN SURDOUE ?

Les termes ne manquent pas pour désigner ceux dont les aptitudes dans certains domaines sont statistiquement exceptionnelles, soit par rapport aux individus du même âge, soit par rapport à l'ensemble de la population.
On utilise indifféremment les termes « enfants doués, enfants intellectuellement précoces, talentueux, à haut potentiel, surdoués, prodiges, virtuoses, génies» alors qu’ils ne recouvrent pas tous la même réalité, ce qui peut induire des malentendus. La confusion la plus fréquente est de croire qu’on désigne les mêmes individus en utilisant les mots "précoce " ou " surdoué ".
Tous ceux qui ont publié des ouvrages sur le sujet sont obligés de reconnaître qu'il n'existe actuellement pas de terme générique pour désigner ceux qui ont des aptitudes exceptionnelles. En fait, il s'avère que cet embarras de vocabulaire est dû à la connotation innéiste de certains de ces termes.

L'expression " enfant intellectuellement précoce ", si on la prend au sens littéral, ne désigne que ceux dont les aptitudes intellectuelles se sont développées plus tôt que chez les autres. Mais elle ne peut convenir à ceux qui sont sortis de l'enfance et elle est restreinte aux aptitudes intellectuelles (idées, jugement, raisonnement abstrait, par opposition aux sentiments ou au domaine matériel) et ne convient donc pas pour définir ceux dont les aptitudes s'expriment dans d'autres domaines que l'intellect.

Pour  Rémy Chauvin (1), le mot  « surdoué » est mal choisi car il implique l'idée de don, c'est-à-dire d'hérédité... Il serait sans doute préférable de trouver un mot plus approprié et qui n'introduise pas une hypothèse dès son énonciation." En effet, dans "surdoué", il y a " doué " qui, de par son étymologie, attribue l'origine d'une aptitude exceptionnelle à un " don de la nature ", et en fait donc un caractère inné, ce qui a été remis en cause par les études scientifiques qui ont montré l'influence de l'environnement dans le développement de toutes les aptitudes, fussent-elles exceptionnelles.

Le " doué " serait donc celui qui possède un "don" (ou plusieurs) considéré comme exceptionnel. Le " surdoué " ne s'en différencierait que par une « exceptionnalité » encore plus grande. On est donc là dans le domaine de la statistique, ce qui s'explique par le fait que le terme "surdoué", créé par J. de Ajuriaguerra en 1970 (2), vient de l'anglais "supergifted" qui, pour les Américains, visait à différencier les individus obtenant un score exceptionnellement élevé aux tests de Q.I de ceux qui avaient une intelligence déjà supérieure à la moyenne. Si l'on appliquait seulement cette règle de calcul, on pourrait dire que, la moyenne des tests de Quotient Intellectuel étant de 90 à 110, les " doués " seraient ceux qui ont un QI entre 115 et 130 (un écart-type) et les "surdoués" au-dessus de 130 (2 écarts-types). Ce qui recoupe l'opinion de Rémy Chauvin, pour qui les surdoués sont ceux qui bénéficient d'un Q.I exceptionnellement élevé, comportant " une différence de degré qui pourrait bien être une différence de nature…" Pour lui, " ce sont, en un mot, des handicapés, mais, encore une fois, dans l'autre sens (les Américains prennent d'ailleurs les enfants qui se situent aux deux extrémités des Q.I sous le même terme d' " exceptional children " et c'est assez raisonnable.) "

Comme l’écrit D-J Duché (3), " Il faut distinguer les enfants dits " surdoués " des enfants très intelligents … Les enfants dits " surdoués " doivent être également distingués des enfants dits " précoces " qui, tôt ou tard, malgré un début de scolarité brillant, vont rejoindre leurs camarades … Pour pouvoir parler de surdoués, il fallait que ceux-ci aient des capacités intellectuelles supérieures et très diversifiées. "


PRECOCE OU SURDOUE ?

L'enfant " précoce " (intellectuellement ou dans un autre domaine) est " en avance " sur ceux de son âge, mais peut rejoindre ensuite la norme : on peut donc trouver dans cette catégorie les enfants qui ont un développement intellectuel exceptionnel (enfant intellectuellement précoce) ou une avance dans un autre domaine, scolaire par exemple, sans qu'on puisse pour autant préjuger leur avenir.

Le terme « surdoué » est beaucoup plus récent. C’est un choix « par l’absurde » pour une catégorie que l’on n’avait pas encore recensée, entre les « doués » (enfants) d’une part et les « génies » (adultes) d’autre part. Le « surdoué » serait « exceptionnellement doué » sans pour autant être déjà reconnu comme un génie.
Comment est donc apparue cette catégorie ? Il semblerait que ce soit toujours au sein du système éducatif, et que cela ait commencé aux Etats-Unis. Il s’avère tout simplement, qu’aux Etats-Unis, les parents dont les enfants avaient des capacités d’apprentissage supérieures à la moyenne ont exigé très tôt que leurs enfants reçoivent un enseignement à la hauteur de leurs possibilités (la première école pour « surdoués » a été créée aux Etats-Unis en 1901). Et ce n’est que par la suite que s’est posé le problème des critères de sélection de ces enfants, pour leur admission dans des programmes spéciaux, devenus aujourd’hui très courants dans tous les Etats américains.

On peut donc dire que le terme de « surdoué » est issu, indirectement certes en Français, de l’apparition d’une catégorie d’élèves pour lesquels l’enseignement « de masse » n’apportait pas de réponse satisfaisante. Les définitions du surdoué dans les textes officiels américains ne laissent aucun doute sur ce point. Cette constatation est très importante car les débats sur le bien-fondé de la catégorisation de ces enfants sont venus bien après que celle-ci se soit installée dans les faits. Et les études qui ont été faites ont souvent eu pour but de valider ou de contrecarrer cette approche pragmatique du problème,  après qu’elle se soit imposée sur le terrain.

Concrètement, le " surdoué ", est celui dont l'avance se manifeste par une réussite exceptionnelle dans un ou plusieurs domaines. Pour reprendre les idées de Joseph Renzulli, directeur du "National Research Center for Gifted an Talented Children" américain, dans sa "conception des trois anneaux du surdouement" (4), pour qu'il y ait surdouement il faut que coexistent chez l'individu trois caractéristiques : une intelligence exceptionnelle, une créativité exceptionnelle, et une motivation exceptionnelle. Moyennant quoi se manifeste une réussite exceptionnelle, qui n’apparaît pas forcément dans d’autres catégories comme celles des «haut potentiel» qui, eux, peuvent, par exemple, être en échec scolaire.

Il existe une catégorie transversale, celle des "enfants de Q.I élevé", le niveau exceptionnel du QI étant une caractéristique nécessaire pour faire partie des " enfants à haut potentiel", des "enfants intellectuellement précoces" ou des "surdoués", mais pas suffisante à elle seule pour appartenir aux deux dernières catégories.

Il ressort de cela que l'on peut être "à haut potentiel" sans être "précoce", ou être "précoce" sans pour autant être "surdoué". Dans ces deux derniers cas se manifeste une avance que l'on ne trouve pas chez l'enfant "à haut potentiel" mais rien ne permet de présager que le "précoce" devienne un jour un "surdoué" ni que le "surdoué" soit un jour reconnu comme un "génie".

Il n'existe donc pas de terme générique que l'on puisse utiliser pour l'ensemble de ces enfants, puisque les catégories que nous avons définies ne s'emboîtent pas les unes dans les autres mais se recoupent sur certains aspects seulement.


UNE QUESTION D'APPROCHE

Il semblerait que les approches du surdouement aient évolué avec l’évolution des conceptions de l’intelligence.
Le modèle originel, américain, privilégiait une approche pragmatique permettant de différencier l’enfant surdoué par les manifestations concrètes de ses aptitudes, ce qui amenait logiquement à utiliser des critères d’identification privilégiant la même approche, à savoir la réussite dans un domaine quelconque, et/ou les échelles d’intelligence basées sur l’empirisme (mesure des manifestations reconnues de l’intelligence).

Pour sélectionner ses sujets, Terman, psychologue de Stanford qui a adapté les tests de Binet aux Etats-Unis, (Stanford-Binet, puis Terman-Merill), auteur de la première étude longitudinale systématique sur plusieurs décéeniies, d'une population de surdoués, s’en était tenu à des critères très simples : la réussite scolaire et la mesure du Q.I. Actuellement, si l’on en croit Dorothy A. Sisk, professeur à la University of South Florida à Tampa (3), la procédure d’identification est plus « qualitative » puisqu’elle passe, outre les tests, par des entretiens avec l’enseignant de l’enfant et avec les parents. Mais dans tous les cas, le sujet doit avoir démontré ses capacités.
Un certain nombre d’auteurs (Hans J. Eysenck (5), P. Oléron (6), R. Chauvin (2), Jean – Charles Terrassier (7), Dan Bitan (3), directeur du Département pour les enfants surdoués au Ministère de l'Education d'Israel, D. A. Sisk) font référence au Q.I, d’autres à des capacités intellectuelles supérieures (J. Duché, Francine Hart (8), Sternberg) ou aux performances scolaires (V. de Landsheere (9)).
Plus récemment, Françoys Gagné (10) différencie les « habiletés naturelles » de « la maîtrise d’habileté ou de connaissances » qui différencient la douance du talent. Francine Hart parle « d’un potentiel manifesté dans des domaines d’habiletés intellectuelles, talentueuses ou créatives.»
La vision d’Ellen Winner (11) retient des critères beaucoup plus ouverts que les précédents et surtout une approche beaucoup plus « clinique » que « psychométrique ». Sur les trois critères qu’elle retient pour caractériser les enfants surdoués, deux ont trait à la personnalité du sujet (l’insistance à se débrouiller seul et la rage de maîtriser) et un seul (la précocité) aux performances.
Quant à Joseph Renzulli, déjà cité ci-dessus, outre les critères de performance (aptitudes) et psychologique (motivation), il introduit une dimension supplémentaire qui est la créativité. Il distingue d’ailleurs les « surdoués scolaires » des «surdoués créatifs productifs».

On ne peut s’empêcher de rapprocher cette évolution de celle des conceptions de l’intelligence qui, de Spearman à Gardner, sont passées de la conception d’une intelligence générale se manifestant par un facteur g - que les échelles d’intelligence du type Stanford-Binet ou WISC, construites sur une base empirique, mesurent très bien - à celle d’une intelligence multi-factorielle ou pluraliste dont les tests ne peuvent donner que des « profils » individuels uniques difficilement comparables.


LE SURDOUEMENT PEUT-IL SE MESURER ?

L’utilisation du Q.I comme critère de définition du surdouement est actuellement l’objet de contestations. On peut très bien imaginer que le surdouement puisse être défini par d’autres critères, et la pertinence des tests de  Q.I a été elle-même remise en question. Feldman et Goldsmith (11) ont montré que des prodiges qui atteignaient le niveau de compétence d’un adulte dans certains domaines, n’étaient pas du tout avancés dans d’autres. Avec eux, d’autres chercheurs ont critiqué la corrélation faite entre aptitudes exceptionnelles et intelligence générale, et ont plaidé pour une approche pluri-dimensionnelle du surdouement.

Il n’en reste pas moins que, comme l’écrit Francine Hart, le potentiel du surdoué peut être latent et donc ne pas se manifester. Les travaux actuels de recherche s’orientent d’ailleurs vers les enfants de Q.I élevé en échec (underachiever).

Comme nous l’avons vu précédemment, le système américain a, depuis son origine, permis aux parents de mettre en place des structures adaptées lorsqu’ils s’apercevaient que l’école ne répondait pas aux besoins de leurs enfants. Mais l’école et les familles américaines se trouvent actuellement dans une impasse. De plus en plus de familles déscolarisent leurs enfants car elles considèrent que le niveau de l’enseignement est tellement bas qu’il conduit à un total désintérêt des élèves et, par voie de conséquence, à leur échec. Parmi elles, on trouve des familles dont les enfants manifestent des aptitudes exceptionnelles en dehors de l’école, sans pour autant avoir des résultats scolaires satisfaisants.
Le problème se pose donc de savoir quels critères retenir pour définir les capacités réelles ou supposées de l’enfant car, entre des enseignants pour qui il paraît évident qu’un enfant intelligent se reconnaît avant tout à sa réussite scolaire, et des familles ayant d’autres critères d’appréciation, la communication tourne inéluctablement au dialogue de sourds.
Dans l’état actuel des choses, même les tenants d’une approche pluri-dimensionnelle n’ont pas évacué la mesure du QI en tant que critère déterminant d’identification. S’ils permettent une approche « qualitative », les tests de personnalité et de motivation ne sont pas conçus pour établir des profils standardisés autorisant des comparaisons inter-individuelles.  Le seul critère qui autorise ces comparaisons est la mesure du QI. Nous avons vu que, parmi les tests qui permettent de la mesurer, ceux qui utilisent une approche multi-factorielle et les tests piagétiens ne donnent pas entièrement satisfaction pour une étude  comparative entre individus.

Si l’on veut catégoriser cette population, il faut donc accepter, faute de mieux, d'utiliser les seuls outils qui aient fait leurs preuves par leur approche empiriste, et dont les résultats sont suffisamment corrélés à l’excellence dans les aptitudes ou les connaissances humaines, à savoir les tests de Q.I., sachant que, même si elle fait partie des critères qu’on est obligé de prendre en compte, cette mesure n’est pas suffisante pour définir le surdouement.

Notes :
1 -  Ajuriaguerra J. de, Manuel de psychiatrie de l'enfant, Paris, Masson, 1970
2 - "Les surdoués", Paris, Stock, Collection Laurence Pernoud,1975
3 - Revue de neuropsychiatrie de l'enfance et de l'adolescence n° 10-11, octobre-novembre 1979
4 - Renzulli, J. S., "The thréé rings conception of giftedness : A developmental model for creative productivity" in R. Sternberg et J. Davidson (éds), Conceptions of giftedness, New-York, Cambridge University Press, 1986
5 - Eysenck H., L'inégalité de l'homme", Paris, Editions Copernic, 1977
6 - Oléron P. L'intelligence, Paris, PUF collection "Que sais-je ?", 6ème édition, 1994
7 - Terrassier J.-C., "Les enfants surdoués ou la précocité embarrassante", Paris, ESF, 1994, 3ème édition
8 - Hart F., Les doués à l'école, Montréal, Editions Agence d'Arc, 1991
9 - Landsheere V. de, L'éducation des surdoués, Paris PUF, 1992
10 - Gagné F., Toward a differenciated model of giftedness and talent, in N. Colangelo et G. Davis (2ds), Handbook of Gifted Education, Boston, Allyn et Bacon, 1991
11 - Winner E., Surdoués, mythes et réalités, Paris, Aubier, 1997, pour la traduction française

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