SURDOUES-INFO
Que mesure le Q.I ?
Le problème de la définition de
l’intelligence et
de sa mesure par le QI, c’est un peu celui du temps et du
chronomètre. Si on vous demande ce qu’est un
chronomètre, vous direz sûrement que
c’est un
instrument de mesure du temps, et si on vous demande ce
qu’est le
temps, vous répondrez sûrement que c’est
ce qui est
mesuré par un chronomètre, une montre, une
horloge, ou un
calendrier. Vous aurez certainement du mal à donner une
définition du temps autrement que par les instruments qui le
mesurent. Contrairement au thermomètre qui mesure la
quantité de chaleur dégagée par un
corps, le
chronomètre ne nous permet pas
d’appréhender ce
qu’est le temps alors que c’est une notion
constamment
présente à notre esprit et personne ne la remet
en cause
au quotidien. C’est sans doute pour cela
qu’à la
question « Qu’est-ce que l’intelligence ?
»,
Binet avait répondu « C’est ce que
mesurent mes
tests. »
Techniquement, cela se
complique,
parce que, contrairement à ce que son nom indique, le QI
(Quotient Intellectuel) n’indique plus depuis longtemps le
rapport entre l’âge mental et
l’âge réel
du sujet testé.
Les premiers tests
d’intelligence créés par Binet
servaient à
déterminer l’âge mental du sujet, ce qui
permettait
de dire qu’un enfant avait une ou plusieurs années
d’avance ou de retard sur son âge. C’est
cette vision
des choses qui est restée associée au QI
jusqu’à nos jours alors qu’elle
n’est plus
valable depuis des décennies.
En effet, on
s’est vite
aperçu des limites de la notion d’âge
mental, car
dire qu’un enfant a un an d’avance n’a
pas le
même sens quand il a 4 ans que quand il en a 12.
C’est pour
cette raison que la notion de Quotient Intellectuel a
été
créée par Stern : pour relativiser
l’avance ou le
retard du sujet testé en fonction de son
âge, on
calcule le rapport entre l’âge mental et
l’âge
réel. Concrètement, on divise
l’âge mental
par l’âge réel et on multiplie par 100
pour avoir un
nombre entier (Exemple : pour un enfant qui a un âge mental
de 12
ans mais qui n’a réellement que 10 ans, on divise
12 par
10 et on multiplie par 100, ce qui donne un QI de 120). Avec ce
système, un QI de 100 correspond aux enfants dont
l’âge mental est le même que leur
âge
réel.
On voit bien que ce
système ne
fonctionne que pendant la phase de développement de
l’individu, mais n’est plus pertinent ensuite :
dire
qu’à 40 ans, vous avez un âge mental de
41 ans
n’a pas de sens. Et c’est cet obstacle que Wechsler
a voulu
lever en créant les tests qui portent son nom (Wechsler
Intelligence Scale) et qui sont encore les plus utilisés
actuellement (WISC pour les enfants et WAIS pour les adultes).
Avec ces tests, le
résultat
n’est pas le rapport entre votre âge mental et
votre âge
réel, c’est un score par rapport aux individus du
même âge que vous. Wechsler a peut-être
fait
l’erreur de vouloir garder le terme de QI et le
même
système de notation en fixant la moyenne à 100,
car
c’est ce qui a créé la confusion avec
les notions
précédentes.
Avec ses tests, si vous
avez un QI
entre 90 et 110, cela signifie que la moitié des individus
qui
ont le même âge que vous est aussi
intelligente que
vous, qu’un quart l’est moins que vous et
qu’un autre
quart l’est plus. Vous avez donc une intelligence «
moyenne
». Si vous êtes à 130, il n’y
a plus que deux
individus sur 100 qui sont aussi intelligents que vous et 98
qui
le sont moins. A 140, vous êtes seul sur 1000 individus de
votre
âge à être aussi intelligent, et au delà, le nombre d’individus
concernés
est tellement rare que le test n’est plus vraiment fiable car
il
faudrait un échantillon énorme de population pour
le
vérifier. Il ne
s’agit
donc plus d’un quotient ou d’un rapport, mais
d’un
score.
Cependant, ce score ne
peut
être considéré comme valide que
s’il est
obtenu grâce à ces batteries de tests
standardisées
et étalonnées sur un échantillon
suffisant, au
cours d’examens individuels qui ne peuvent être
administrés que par des professionnels formés
à
leur utilisation, dans des conditions de passation très
strictes. Autant dire que les tests de QI que vous trouvez dans les
magazines, sur Internet ou dans les livres n’ont aucune
valeur.
Si on utilisait
l’image de
l’ordinateur, sans pour autant réduire
l’intelligence à cela, on pourrait dire
qu’on peut
comparer deux ordinateurs de la même
génération en
fonction de la vitesse à laquelle ils traitent les
informations,
du nombre d’informations qu’ils peuvent traiter en
même temps et de la capacité de stockage de leur
disque
dur. Donc, on dira qu’un ordinateur qui traite 1000
opérations par seconde est plus rapide qu’un
ordinateur
qui en traite 100. Un ordinateur qui peut effectuer plusieurs
tâches en même temps sera plus puissant que celui
qui
n’en effectue qu’une à la fois. Et un
ordinateur qui
a un disque dur de 500 Gigas a évidemment une
capacité de
stockage de données plus importante qu’un autre
qui ne
disposerait que de 100 Giga. Globalement, on dira qu’il a un
potentiel plus important.
Ceci étant,
si
l’utilisateur ne lui fournit pas assez
d’informations et ne
lui demande pas des tâches à la mesure
de son
potentiel, ce potentiel ne se révèlera pas, et la
machine
ne donnera aucun résultat concret intéressant.
Diverses
études ont
montré que les enfants de QI élevé ont
une vitesse
de traitement de l’information supérieure aux
autres
enfants, qu’ils ont une « mémoire de
travail »
plus importante, c’est-à-dire qu’ils
peuvent garder
plus d’informations présentes à
l’esprit que
les autres enfants pendant le traitement d’un
problème, et
qu’ils ont une mémoire plus importante que les
autres
enfants. Tout ceci leur donne donc un potentiel intellectuel important.
On parle alors d’enfant « à haut
potentiel ».
S’ils sont suffisamment stimulés et
alimentés en
connaissances, ils peuvent donc prendre une certaine avance sur les
autres enfants, ce qui en fait des enfants «
intellectuellement
précoces ». Si ce potentiel de traitement de
l’information et cette capacité
supérieure
d’apprentissage se manifestent par des
réalisations
exceptionnelles, on peut parler de « surdoués
».
Sans réduire
l’intelligence à la mesure du QI, on peut dire que
les
théories développementales de
l’intelligence
et celles qui ont conclu à une multiplicité des
formes
d’intelligence n’ont malheureusement pas permis de
produire
d’instruments de mesure qui permettent des études
comparatives entre individus. Les tests qu’elles ont
générés permettent de mesurer
l’évolution de l’individu dans le temps,
ou la
proportion de chaque aptitude dans son profil, mais ils ne permettent pas de comparer les
sujets entre eux. Remettre le QI en cause, c’est
donc
remettre en cause la notion qui le sous-tend, à savoir la
possibilité de comparer les individus entre eux au vu des
performances individuelles qui les caractérisent.
De Binet à
Wechsler, les tests
de QI se sont contentés de mesurer les manifestations d'un
fonctionnement dont on n’a pas encore
réussi
à définir les rouages. C’est ce qui
fait leur force
et leur faiblesse car ils reposent sur une opinion consensuelle de ce
qui est « intelligent » dans les
réponses
qu’on apporte à des questions arbitraires,
questions
elles-mêmes dépendantes de la
Société dans
laquelle évoluent les concepteurs des tests et les sujets
qu’ils testent, donc de l’idée de
l’excellence
telle qu’elle est admise dans ladite
Société. Il ne
faut donc pas s’étonner que cette mesure avantage
les
catégories de population les plus cultivées et
qui
réussissent le mieux socialement - donc celles
qu’on
qualifie de « favorisées » - et
qu’à
l’échelle mondiale, elles favorisent les individus
appartenant aux peuples dont la culture est dominante par rapport
à celles des autres peuples.
L’utilisation
qui faite du QI
pour justifier les discriminations sociales ou ethniques est donc un
artifice qui révèle la
malhonnêteté
intellectuelle de ses auteurs.
Là
où le bât
blesse, c’est que la raison d’être du QI
a
été, au départ, de mesurer le
potentiel de
réussite scolaire. Et les études qui ont
été faites montrent, en effet, une forte
corrélation entre QI et réussite scolaire :
statistiquement (ce qui veut dire que ce n’est pas toujours
vrai), le niveau d’étude atteint est proportionnel
au QI.
Mais ce qui est embarrassant est que le QI, qui a
été
conçu pour détecter les
élèves inaptes
à suivre un enseignement standard, n’est pas,
quand il est
supérieur à la moyenne, un prédicteur
fiable de
réussite scolaire. On peut très bien avoir
« un
haut potentiel » et être en échec
scolaire. De la même manière, on
peut être « intellectuellement précoce
» et ne
jamais devenir un « surdoué » et encore
moins un
génie. Parallèlement, un QI de 91
n’empêche pas, comme c’est le cas pour
Georges W.
Bush, de devenir le dirigeant du pays le plus puissant et, selon les critères dominants actuels, le plus
"évolué" de la planète.
Il faut donc
peut-être ramener
le QI à ce qu’il est, un instrument qui donne la
mesure
d’un potentiel intellectuel à un instant
donné et
qui, contrairement à ce que croient certains parents,
n’engage pas l’avenir. Pour prendre une image
concrète, même si elle est réductrice,
on peut
admettre que ce n’est pas parce qu’on est le plus
rapide de
sa classe à la course à pied à
l’école primaire qu’on le reste ensuite
sans
s’astreindre à un entraînement
régulier, et
qu’on devient un champion olympique sans un travail
énorme. Quant au potentiel
révélé par le
QI, il a été démontré que
c’est un
potentiel de réussite scolaire «
académique
», mais qu’il n’est pas un
révélateur
de la créativité ou de la future
réussite sociale
du sujet.
Jacques Bert - janvier 2008