SURDOUES - INFO
Pour ou contre des classes spécifiques pour enfants à haut potentiel intellectuel ?
J'ai proposé à l'Education Nationale en
1995 la création
de classes à horaires aménagés pour
enfants à
haut potentiel intellectuel. On en trouve le descriptif complet dans
mon
livre "L'échec scolaire chez les enfants dits
surdoués" en
vente sur
http://infosurdoues.ifrance.com
Les arguments qui militent en faveur de cette solution sont les suivants :
- dans le système scolaire français, les enfants qui ont 30 points de QI au-dessous de la moyenne sont considérés comme inadaptés et bénéficient de classes spéciales et d'enseignants spécialisés, mais que cette inadaptation n'est pas reconnue à ceux qui ont 30 points de QI au-dessus de la moyenne, alors qu'on sait qu'ils rencontrent eux aussi des problèmes d'intégration dans les classes ordinaires.
- en France, les élèves présentant des aptitudes physiques ou artistiques supérieures à la moyenne bénéficient de classes à horaires aménagés : classes sport-études, classe à horaires aménagés de musique, classes de l'opéra, classes de clubs de foot, etc.
- beaucoup d'autres pays ont créé depuis longtemps des classes spécifiques pour cette catégorie d'enfants, et ces enfants sont reconnus comme des enfants "à besoins éducatifs particuliers" par l'UNESCO (conférence de Salamanque, en 1994) et le Conseil de l'Europe (recommandation 1248 de 1994) dans leurs textes officiels,
- en France, la création de classes prévoyant un accueil spécifique pour les enfants à haut potentiel intellectuel est par ailleurs tolérée par les pouvoirs publics quand elles sont créées dans des écoles privées mais pas dans les écoles publiques (sauf depuis 1976 au collège du Vésinet, banlieue " chic " de la capitale). Il y a, en 2006, plus de 60 établissements privés en France qui affichent des projets d'établissements prévoyant l'accueil de cette catégorie d'enfants, contre une dizaine dans l'enseignement public, ce qui restreint l'accès à la plupart de ces établissements ,
- le bilan fait récemment par le laboratoire Cognition et Différenciation de l'Université René Descartes Paris V ("L'état de la recherche sur les enfant dits surdoués" réalisé pour la fondation de France sous la direction de Jacques Lautrey) sur les recherches effectuées dans le monde sur ce sujet montre que, parmi les formules qui ont été expérimentées pour répondre aux besoins éducatifs des enfants à haut potentiel intellectuel, la plus favorable à leur épanouissement est celle qui consiste à économiser la moitié du temps passé habituellement à étudier le programme scolaire officiel pour consacrer le temps gagné à des activités " d'enrichissement ", et ceci ne peut se faire que dans des classes à horaires aménagés.
Ceux qui s'opposent à la création de ces classes spécifiques y voient la manifestation d'un élitisme qui viserait à séparer de "la masse" ceux qui seraient dotés d'aptitudes prétendument "supérieures".
On utilise aussi l'argument selon lequel ces classes ou établissements réservés seraient des "ghettos" qui marginaliseraient cette catégorie et l'éloigneraient du reste de la population. Il est vrai qu'en théorie, dans un système qui se prétend égalitaire, aucune catégorie de la population scolaire n'est censée pouvoir bénéficier précocement d'un enseignement qui lui permettrait de s'assurer plus tard une position dominante sur les autres.
Dans cet esprit, le système scolaire français s'est engagé depuis une trentaine d'années dans une voie visant à supprimer toutes les filières qui différenciaient l'enseignement délivré aux élèves pendant le cycle d'enseignement général : c'est ce qui a abouti à la création du "collège unique". L'idéologie officielle qui sous-tend cette réforme est que, pour avoir une réelle égalité de chances, tous les citoyens doivent bénéficier ensemble du même enseignement le plus longtemps possible avant de s'orienter vers une spécialisation. Il faut donc éliminer toutes les filières supposées discriminantes. C'est ainsi qu'on oblige maintenant les écoles maternelles et primaires à intégrer les enfants "différents" quel que soit leur handicap (sourds, aveugles, trisomiques, etc.), et qu'on a abaissé le seuil de QI à 70 au lieu de 80 pour l'orientation vers des classes de déficients intellectuels, l'enseignement spécialisé étant réservé aux cas pathologiques. Tous les élèves sont censés suivre les mêmes enseignements jusqu'à la fin du collège.
Ceci étant, on peut y voir une vaste hypocrisie dans la mesure où certaines catégories de la population savent contourner les contraintes du système en regroupant leurs enfants dans les meilleurs établissements ou dans les meilleures classes par le choix de matières optionnelles rares (les enseignants sont les champions de ce genre de sport pour leurs propres enfants), ou par le prix (les établissements privés hors contrat, donc très chers, sont, en raison du coût de la scolarité, réservés aux enfants des dirigeants et des nantis). Les enfants d'enseignants sont ceux qui réussissent le mieux dans le système scolaire français grâce à la connaissance que leurs parents ont du système, de ses procédures de sélection et d'orientation, comme les enfants de dirigeants qui fréquentent les établissements hors contrat réservés à une élite financière : il suffit d'observer les catégories socio-professionnelles des parents des élèves des Grandes Ecoles pour être édifié.
On voit bien que, malgré cela, le souci des dirigeants politiques et administratifs est de maintenir le fantasme d'un système qui donnerait les mêmes chances à tout le monde en ne favorisant aucune catégorie de population. Les gouvernants entretiennent dans l'esprit des enseignants, comme dans celui des parents d'élèves des catégories sociales les moins favorisées, l'illusion que l'école donne les mêmes chances à tous alors que toutes les études faites depuis 30 ans montrent le contraire, et montrent que la situation ne cesse de se dégrader : le nombre d'étudiants issus des milieux les moins favorisés ayant accès aux études supérieures n'a cessé de diminuer depuis 1982.
La question de savoir si des classes pour enfant à haut potentiel intellectuel doivent être créées ne se poserait pas si la réussite scolaire reposait sur les aptitudes réelles des élèves au lieu de dépendre de la catégorie socio-professionnelle de leurs parents. Dans l'état actuel des choses, un enfant de " la France d'en-bas ", quelles que soient ses aptitudes, a statistiquement moins de chances de réussir socialement qu'un enfant de " la France d'en haut ". Et les exemples de réussite financière de quelques footballeurs ou stars du show-business que les médias se complaisent à véhiculer ne prouvent rien.
Les partisans des classes spécifiques pour enfant à haut potentiel intellectuel ont donc le souci de donner les mêmes chances à tous ceux qui ont de réelles aptitudes pour la réussite scolaire et de lutter contre l'injustice sociale entretenue par une école inégalitaire. De ce point de vue, la réalité ne se discute pas : toutes les études montrent que le niveau scolaire atteint est fortement corrélé au quotient intellectuel (ceux qui atteignent le plus haut niveau ont forcément un quotient intellectuel élevé). Par contre, un quotient intellectuel élevé ne garantit en rien la réussite et, à quotient intellectuel égal ou supérieur, les enfants de milieu social défavorisé ont moins de chance d'atteindre un niveau d'études élevé, et devront se contenter de végéter dans des emplois subalternes à l'âge adulte. Qui plus est, les tests de quotient intellectuel sont marqués culturellement et désavantagent les enfants appartenant à cette catégorie par rapport à des enfants de niveau socio-culturel élevé : leur quotient intellectuel est en réalité supérieur à ce qu'indiquent les tests.
Quant aux solutions pédagogiques qui sont censées compenser cette injustice, elles seraient peut-être efficaces si elles étaient appliquées, non seulement à la lettre mais dans l'esprit. L'organisation par cycles de 3 ans pourrait permettre à des enfants ayant des facilités d'apprentissage de raccourcir la durée de leur cursus mais le rapport cité plus haut met en évidence que, à long terme, l'intérêt d'un raccourcissement de la scolarité n'est pas démontré. Ceci étant, cela éviterait au moins l'ennui dont souffrent 80% des enfants intellectuellement précoces dans les classes ordinaires. Quant à "donner plus à ceux qui ont moins" comme l'affirmait le slogan d'un homme politique, en créant les ZEP et les REP, cela n'a pas empêché la création d'établissements "ghettos" dont il est très difficile de sortir indemne, même quand on est un élève doué.
En ce qui me concerne, la proposition de créer des classes à horaires aménagés pour enfants à haut potentiel intellectuel dans le service public d'Education est bien évidemment une provocation de ma part visant à mettre l'Education Nationale devant ses responsabilités : on ne peut pas être une école inégalitaire et se contenter de prétendre le contraire pour entretenir l'illusion d'une vraie justice. La procédure consistant à sélectionner des élèves selon leurs aptitudes intrinsèques en dehors de tout critère socio-culturel - et en compensant même l'évaluation de leurs aptitudes en fonction de leur milieu d'origine pour réparer l'injustice dont ils sont victimes - apparaît donc comme une vraie solution à un vrai problème.